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Pourquoi une menace reste-t-elle abstraite jusqu’au jour où elle frappe ?

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Une menace est facile à relativiser tant qu’elle ne s’est pas matérialisée. Terrorisme, guerre, cyberattaque ou action criminelle : nous savons qu’elle existe, mais il suffit d’un seul paramètre mal évalué pour que l’analyse devienne caduque.

Le renseignement ne prédit pas l’avenir

Évaluer une menace consiste à croiser des capacités, des intentions, un contexte et une temporalité. Or aucun de ces éléments n’est figé. Un adversaire peut changer de stratégie, masquer ses intentions, accélérer son calendrier ou exploiter précisément ce que nous considérons comme improbable.

C’est toute la difficulté du renseignement. Les services collectent des masses d’informations, mais ils doivent ensuite les interpréter. Et l’erreur ne vient pas toujours d’un manque de données. Elle peut naître d’une hypothèse dominante, d’un biais de confirmation ou d’un signal faible noyé parmi d’autres.

L’histoire en fournit des exemples brutaux. Avant le 11 septembre 2001, les États-Unis avaient identifié la menace Al-Qaïda et envisagé plusieurs scénarios, sans parvenir à assembler les pièces du puzzle à temps.

Autre exemple, plus récent : l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Cette fois, presque tout était visible. Des dizaines de milliers de soldats russes étaient massés aux frontières, avec leurs blindés, leur logistique, leurs postes de commandement et même leurs unités médicales. Les renseignements américains et britanniques annonçaient depuis plusieurs semaines qu’une offensive majeure était possible. Pourtant, une partie des responsables et des services européens continuait de juger improbable que Vladimir Poutine franchisse réellement le pas d’une invasion à grande échelle. Les informations étaient sur la table. C’est leur interprétation qui divergeait.

Et c’est précisément là que réside toute la difficulté : une menace peut être parfaitement identifiée sans que sa matérialisation soit considérée comme probable. Jusqu’au moment où elle l’est.

Le scénario que l’on ne veut pas croire

Le 7 octobre 2023 en Israël constitue un exemple plus récent. Le Shin Bet a reconnu avoir eu connaissance, plusieurs années auparavant, de plans d’attaque du Hamas. Des signaux inquiétants sont aussi apparus dans les heures précédant l’assaut. Ils ont été interprétés à travers une conviction : le Hamas ne souhaitait pas une confrontation majeure. Cette conviction était fausse.

Une menace ne devient pas réelle lorsqu’elle apparaît dans une note de renseignement. Elle le devient lorsque l’adversaire décide d’agir. Entre les deux existe une zone grise faite d’incertitudes, d’informations contradictoires et de certitudes trompeuses.

Le rôle d’un spécialiste n’est donc pas de prétendre prévoir l’avenir, mais de conserver plusieurs scénarios, y compris les moins probables. Car en matière de sécurité, le scénario écarté trop vite est parfois (souvent) celui qui finit par se produire.

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