Faire dire à un président, un ministre ou un candidat des propos qu’il n’a jamais tenus est désormais techniquement accessible. Vidéos, voix et images peuvent être fabriquées avec un réalisme croissant et diffusées en quelques minutes. Pour VIGINUM, le service de l’État chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, cette évolution représente un risque direct pour l’intégrité de l’information et peut affecter le fonctionnement démocratique, particulièrement en période électorale.
Le faux devient crédible
Les deepfakes, ou hypertrucages, permettent d’imiter un visage, une voix ou des mouvements. La CNIL estime qu’ils deviennent de plus en plus difficiles à distinguer d’un contenu authentique. Utilisés dans le champ politique, ils peuvent attribuer de faux propos à une personnalité, fabriquer une déclaration ou alimenter une campagne de désinformation.
Le terrain est particulièrement favorable. Selon une étude publiée par l’Arcom en mars 2026, 97 % des Français déclarent avoir déjà été exposés à de fausses informations et 70 % pensent y être confrontés au moins une fois par semaine. Par ailleurs, quatre Français sur dix utilisent quotidiennement les réseaux sociaux pour s’informer.
Le doute devient lui-même une arme
Le véritable danger dépasse pourtant la fabrication d’une fausse vidéo. À mesure que les deepfakes deviennent crédibles, une personnalité peut aussi tenter de présenter une véritable séquence compromettante comme étant fabriquée. Le doute finit alors par contaminer aussi bien le faux que le vrai.
Depuis le 2 août 2026, l’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle impose des obligations de transparence concernant notamment les deepfakes. Les contenus concernés doivent pouvoir être identifiés comme ayant été générés ou manipulés par une IA.
Le risque politique majeur n’est donc pas seulement que nous croyions une fausse vidéo. Il est qu’à force d’en voir, nous finissions par ne plus croire aucune image. Dans une démocratie fondée sur la confiance et le débat public, cette confusion entre le vrai et le faux peut devenir une arme particulièrement efficace.
VIGINUM est le Service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères. C’est un service de l’État français créé en 2021 et rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN).
Sa mission est principalement de détecter et caractériser les opérations de manipulation de l’information menées depuis l’étranger contre la France, notamment sur les réseaux sociaux et les plateformes numériques. Il intervient donc directement sur les sujets de désinformation, faux contenus, campagnes coordonnées et deepfakes lorsqu’ils s’inscrivent dans une logique d’ingérence étrangère.




